Étienne Lucier, ou Lussier, est baptisé à Boucherville, au Québec, le 9 juin 1786. Sa famille partage alors sa vie entre Boucherville et Saint-Philippe. En février 1805, il s’engage pour un contrat d’un an avec la compagnie Forsyth, Richardson & Co., devenue la Compagnie du Nord-Ouest, à destination de Michilimackinac. Une fois à l’intérieur du continent, Lussier choisit d’y demeurer, préférant renouveler ses contrats annuellement à l’île Mackinac, plutôt que de retourner à Montréal.
En 1807, il travaille pour J. B. Caron & Co., hiverne au Wisconsin, puis, l’année suivante, pour la Mackinac Company, avec un hivernement à Saint-Joseph. En juillet 1810, avec une dizaine de compagnons, il s’engage auprès de Wilson Price Hunt de la Pacific Fur Company pour une expédition terrestre jusqu’à la côte du Pacifique. Le groupe passe l’hiver à l’embouchure de la rivière Nodaway, juste au nord de Saint-Joseph, au Missouri. Lorsque la glace de la rivière fond suffisamment pour permettre la navigation, il remonte vers le nord sur environ 270 kilomètres jusqu’à Tonwontonga, le village des Mahas (Omahas). L’expédition quitte ce village le 14 mai 1811 et passe ensuite un mois dans les villages arikaras (Sanish). Les Arikaras participaient à un commerce sexuel particulièrement actif, et c’est peut-être durant ce séjour qu’Étienne contracte la syphilis. À partir de là, l’expédition reprend la route par voie terrestre le 18 juillet 1811 et arrive au début d’octobre au fort Henry, abandonné, sur la rivière Snake. Lucier atteint le fort Astoria (George) le 12 janvier 1812 et y demeure encore durant l’hiver 1812-1813. Bien qu’il figure fréquemment sur les listes des malades, c’est à cette période qu’il s’unit à Josephte Nouite, âgée d’à peine 14 ans, selon le « mariage à la façon du pays ». De cette union sont nés six enfants.
L’achat de la Pacific Fur Company par la Compagnie du Nord-Ouest n’interrompt pas ses engagements : Lucier signe de nouveau avec son ancien employeur en 1813 et part trapper le long de la rivière Willamette avec deux anciens camarades de l’expédition Wilson Price Hunt, Joseph St. Amant et Hearteau (Jacques Harteau). Il y est accompagné de sa femme, Josephte Nouite, et c’est au cours de ce voyage que naît sa fille Félicité. Il contracte ensuite comme chasseur pour l’express de 1814 vers le fort William. À son retour, il ne signe plus de contrat officiel, mais travaille souvent comme freeman pour la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le département de Columbia. Le 16 mai 1826, à l’ancien fort McKay, le capitaine Alexander McLeod achète dix chevaux et deux poulains à « Lucier le Freeman ». Lucier et sa famille accompagnent ensuite McLeod lors de l’expédition de l’Umpqua de 1826-1827 jusqu’en Californie.
En 1828, Lucier demande à John McLoughlin, facteur au fort Vancouver, des fournitures afin de s’établir comme cultivateur. McLoughlin refuse d’abord, car la Compagnie de la Baie d’Hudson veut éviter des hostilités entre les employés et les Autochtones du Nord-Ouest en interdisant la colonisation. Lucier tente alors de retourner à Montréal avec sa famille, invoquant l’absence du clergé catholique dans l’Ouest. Il ne dépasse toutefois pas les Dalles avant de revenir renouveler sa demande de matériel agricole. McLoughlin finit par céder, craignant une intrusion américaine. Il accepte de prêter outils et semences. Il s’engage, par la suite, à acheter les récoltes. Lucier construit une première cabane au cœur de l’actuelle ville de Portland, mais il n’y reste que quelques années, avant de s’établir à une quarantaine de kilomètres plus au sud, dans un méandre de la rivière Willamette. Il est ainsi l’un des fondateurs de la communauté franco-métisse de « French Prairie », aux côtés d’autres hommes libres et de leurs familles mixtes.
Lucier joue un rôle clé dans l’organisation civile et religieuse de la vallée. Il aide les missionnaires méthodistes à s’établir lors de leur arrivée en 1835. Au même moment, il demande, avec 17 autres chefs de famille, un prêtre catholique à Mgr Joseph-Norbert Provencher, évêque à la colonie de la Rivière-Rouge. Leurs lettres, quatre entre 1834 et 1837, portent fruit – François-Norbert Blanchet est nommé vicaire général pour la mission de l’Oregon. Il arrive en plein hiver 1838 avec son frère, Modeste Demers, lui aussi prêtre, et marie le couple Lucier quelques semaines plus tard.
Josephte, la femme d’Étienne, meurt de la diphtérie en janvier 1840. Six mois plus tard, Lucier épouse Marguerite Chinook, d’Astoria, avec qui il a deux autres enfants. Étienne Lucier meurt le 8 mars 1853. Il est enterré au cimetière de St. Paul, à St. Paul, en Oregon, dans une tombe non marquée.
