Grâce à sa scierie prospère et à son rôle clé dans la fondation de la ville de Lake Linden, Joseph Grégoire est depuis longtemps un des colons canadiens-français les plus connus de la péninsule Keweenaw au Michigan.
Joseph Grégoire fils est baptisé en 1833 dans l’église Sainte-Marguerite-de-Blairfindie de l’Acadie, près de Saint-Jean-sur-Richelieu. Ses parents, Joseph Grégoire père, et Anastasie Rémillard, se sont mariés dans la même église l’année précédente. Vers 1840, la famille déménage à Saint-Valentin, à 27 km au sud, où le reste de la fratrie est baptisé. Joseph fils part aux États-Unis en 1854, tandis que son frère cadet, Delphis, demeure à la tête d’une ferme à Saint-Valentin.
Joseph Grégoire passe l’hiver 1854-1855 à Norwich Mine, dans la péninsule supérieure la plus occidentale du Michigan. Au printemps suivant, il se rend encore plus à l’ouest, dans la ville de Superior, au nord du Wisconsin, tout juste fondée en face de Duluth, dans le Minnesota. Grégoire raconte ensuite qu’il amarre son canot à la première jetée construite dans la ville de Superior et qu’il fournit lui-même les rondins pour l’édification de la première scierie. Dans un premier temps, il tire profit du développement de la rive occidentale du lac Supérieur. Mais, après avoir spéculé et subi de lourdes pertes, il déménage dans la péninsule Keweenaw en 1859 pour repartir de zéro.
À cette époque, les villes de Houghton et de Hancock sont déjà nées, et Joseph Grégoire approvisionne en bois leurs premières scieries. Il finit par conclure des contrats avec les compagnies d’exploitation minière de cuivre en pleine expansion. En 1867, il réinvestit ses bénéfices et crée sa propre scierie avec deux associés canadiens-français. Situé à la tête du lac Torch, l’établissement se nomme Joseph Gregory & Co. En 1872, Grégoire rachète les parts de ses partenaires, agrandit la scierie et ouvre une usine de châssis de portes et fenêtres à proximité. La scierie est bientôt réduite en cendres par un incendie. Néanmoins, Grégoire réussit à utiliser la machine à vapeur de l’usine de châssis pour faire fonctionner son atelier de rabotage le temps de reconstruire une nouvelle scierie.
À son apogée, Joseph Gregory & Co. emploie 80 hommes, et Grégoire possède des milliers d’hectares de forêts de pins et de feuillus. D’après les archives, il recrute des dizaines de familles québécoises, et les Canadiens français établissent ainsi une forte présence autour du lac Torch. Pour les accueillir, l’entreprise construit des maisons à ossature de bois, un magasin et une école à proximité de la scierie. Le lieu-dit est baptisé Gregoryville. En 1882, un circuit assure le divertissement et sert notamment au rassemblement de soldats de l’Union au cours du même été.
Les résidents de Gregoryville voient se développer sous leurs yeux la ville de Lake Linden, de l’autre côté du lac Torch, et de nombreux Canadiens français contribuent à cet essor. Joseph Grégoire fournit, par exemple, du bois et des financements pour la construction de la première (1871) et de la deuxième (1892) église paroissiale Saint-Joseph. L’église Saint-Joseph actuelle, érigée en 1912 après le décès de Grégoire, comporte un vitrail coloré rendant hommage à ces premières contributions.
Joseph Grégoire ne s’est jamais marié, mais plusieurs de ses frères et sœurs le rejoignent à Gregoryville et élèvent leurs enfants dans la région de Lake Linden. Leur mère, Anastasie Rémillard, déménage à Gregoryville après la mort de son époux en 1866 et s’occupe du foyer de Joseph. La scierie et les maisons de Gregoryville disparaissent dans les années 1930. Néanmoins, Gregory Street, Grégoire Road et Saw Mill Road témoignent de l’héritage de Grégoire et de ses affaires florissantes. Le vaste caveau de la famille au cimetière Mount Cavalry de Lake Linden arbore un obélisque, une structure en pierre et de nombreuses stèles.
