Portraits

Portrait de Louis Goulet dans L’espace de Louis Goulet

Louis Goulet (1859-1936), Métis de l’Ouest

Par Étienne Rivard et Nicole St-Onge

Portrait de Louis Goulet dans L’espace de Louis Goulet

Artiste : Réal Bérard.

La vie de Louis Goulet est un livre ouvert sur les modes d’existence des Métis et leur rapport au territoire et à la mobilité avant la colonisation agricole des grandes plaines de l’Ouest nord-américain, ainsi que sur les événements historiques qui ont profondément bouleversé la région à la fin du 19e siècle.

Louis Goulet est né le 6 octobre 1859 à la « rivière aux Gratias » (aujourd’hui rivière Morris, Manitoba), au retour d’une expédition de chasse au bison. La famille Goulet réside alors à Saint-Norbert, sur la rivière Sale (aujourd’hui Lasalle), affluent de la rivière Rouge, à une quinzaine de kilomètres en amont du fort Garry.

Le père de Goulet, Moïse-Maurice, est un traiteur qui suit les brigades de chasseurs de bison dans leurs expéditions saisonnières. L’enfance de Goulet est donc marquée par les nombreuses expéditions de chasse dans les vastes espaces des plaines de l’Ouest, au rythme des saisons et des bisons. Il s’agit de souvenirs heureux que Goulet décrit parfois d’une manière poétique dans son récit autobiographique*.

Jeune adulte, Goulet reprend, dès 1875, avec ses frères aînés, les activités de « frétage » que leur père, en raison d’une santé fragile, doit abandonner. À l’automne 1876, il est à Pembina (Dakota du Nord), où il offre ses services au commerçant Antoine Gingras pour aller traiter à la montagne de Bois. Tout en multipliant les contrats de fret, Goulet vend ses services, en 1881 et 1882, à l’Armée des États-Unis pour du scouting at large ; il ne porte pas l’uniforme, mais assure la surveillance des territoires qu’il parcourt : le Dakota et le Montana. Fort de cette expérience, il se fait embaucher en mars 1883 par les inspecteurs Edwin Allen et Alexander R. Macdonell, chargés des casernes de la Police montée à la montagne du Bois.

En 1884, alors en déplacement, Goulet se retrouve mêlé aux événements entourant l’insurrection du Nord-Ouest. Le 24 mars 1884, alors qu’il est de passage dans la région de Batoche, il est invité à participer à une assemblée secrète à la maison d’Abraham Montour. L’heure est grave, les autorités canadiennes, impatientes d’ouvrir la région à la colonisation agricole, ignorent depuis plusieurs semaines les demandes des Métis pour la reconnaissance de l’occupation de leurs terres. Il est résolu d’envoyer une délégation au Montana en vue de convaincre Louis Riel de venir leur prêter main-forte. Louis Goulet aurait été pressenti pour faire partie de cette expédition, invitation qu’il s’empresse de décliner.

En avril 1885, alors qu’il est toujours dans la région, Goulet se trouve au lac à la Grenouille (Frog Lake, en Alberta, près de la frontière avec la Saskatchewan) au moment où des Cris de la bande de Papamahchakwayo (« Esprit errant ») s’attaquent à la mission oblate qui y est située, séquestrant plusieurs colons et en tuant une dizaine d’autres, dont deux missionnaires catholiques. Dans la foulée de cet événement, Goulet est fait prisonnier par les milices canadiennes, puis accusé et traduit en justice pour avoir participé aux événements tragiques ; il est reconnu non coupable et relâché quelques semaines plus tard.

Ce récit de mobilité et d’aventures est quelque peu remis en perspective par le recensement étatsunien de 1880, où Louis Goulet est inscrit à titre d’« ouvrier agricole » dans le comté de Pembina. Il habite dans le ménage de ses cousins, Adrien Martineau et Marie Joséphine Latreille. Un an plus tard, il est recensé à nouveau, mais à Saint-Norbert cette fois, dans le ménage de sa mère qui, âgée de 43 ans, est veuve depuis deux ans. Ce que révèle la présence « officielle » de Louis Goulet dans le ménage de sa cousine au Dakota en 1880 et dans celui de sa mère l’année suivante au Manitoba, c’est surtout l’importance des réseaux de parenté dans le rapport des Métis au territoire et à la mobilité. Cela est vrai de tous les Métis de l’époque, même ceux qui, comme Louis Goulet, ont particulièrement la « bougeotte ». Dans les décennies suivantes, Goulet partage son temps entre son entreprise de frétage et de petits emplois divers; il est notamment ouvrier pour la construction de chemins de fer en Alberta. Louis Goulet décède à Portage-la-Prairie (Manitoba) en septembre 1936.

*Voir Guillaume Charette, L’espace de Louis Goulet, 1976, Éditions Bois-Brûlés.