Portraits

Joseph Ulric LeBlanc (1894-1962) et son parcours de vie durant la Première Guerre mondiale

Joseph Ulric LeBlanc (1894-1962) et son parcours de vie durant la Première Guerre mondiale

Par Gregory Kennedy et Samuelle Saindon

La vie d’Ulric LeBlanc témoigne de la grande mobilité géographique des Acadiens à l’époque de l’industrialisation. Né à Havre-Boucher, en Nouvelle-Écosse, il déménage avec sa famille à Cap-Pelé, au Nouveau-Brunswick pendant sa jeune enfance. Son père, Hilarion, est médecin et sa mère, Sara Girouard, est institutrice dans cette région. En 1911, nous retrouvons Ulric en tant qu’étudiant d’une formation de mécanicien au collège Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse et, en 1914, il déménage à Boston à la recherche d’un emploi. Comme beaucoup d’Acadiens de la diaspora, il part rejoindre un membre de sa parenté aux États-Unis. En effet, il habite avec son oncle lorsque la Première Guerre mondiale éclate. Il quitte Boston en 1914 pour s’engager au sein du Corps expéditionnaire du Canada (CEC). Selon sa correspondance, Ulric avait alors de la difficulté à trouver un emploi comme mécanicien. Le service militaire représentait donc pour lui une option intéressante pour gagner sa vie et entreprendre sa carrière. S’enrôler était aussi perçu comme un devoir masculin : deux de ses frères et plusieurs compatriotes de la région de Cap-Pelé joignent également les forces armées, dont son ami Alyre Pellerin. Alyre et Ulric se retrouvent dans la même unité au sein du CEC, le Corps de l’intendance de l’Armée canadienne.

Nous disposons de 52 lettres rédigées par Ulric à ses parents, conservées au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson de l’Université de Moncton. Riches et fascinantes, elles permettent de suivre Ulric de novembre 1914 jusqu’à sa démobilisation en 1919. En tant que chauffeur et mécanicien, Ulric est souvent sur la route en France, à l’appui des bataillons au front. Il est présent pendant les batailles de la Somme en 1916 et laisse quelques témoignages des ravages de la guerre, particulièrement des bombardements. Il fait un séjour en Angleterre afin de s’occuper de chevaux de l’Armée et entretient l’ambition de se joindre à la Force aérienne royale britannique. Ulric participe à l’occupation de l’Allemagne à la suite de l’Armistice et il passe du temps en Belgique et en France avant sa démobilisation. Bref, le parcours militaire d’Ulric ou « Tounouc », son sobriquet, est varié. Dans sa correspondance, nous observons l’évolution de ses émotions – de sa fierté de servir à son sentiment d’isolement. Ses parents et sa « blonde » Marceline lui manquent énormément. En effet, son service outre-mer semble le convaincre d’épouser Marceline après la guerre. Nous voyons dans les lettres le sens de l’humour d’Ulric, avec ses nombreuses observations de l’Armée, de ses compatriotes et des pays visités. Le portrait d’Ulric, en uniforme, mais avec son chapeau incliné, témoigne bien d’un jeune homme plein de vie et aussi un peu irrévérencieux.

Après la guerre, Ulric épouse Marceline et le jeune couple s’installe à Shédiac, non loin de ses parents, à Cap-Pelé. Son ami Alyre Pellerin se marie lui aussi avec sa fiancée, Rosa Anne, en 1920. Dans le recensement canadien de 1921, on retrouve Ulric et Marceline à Shédiac avec leur premier enfant, Fernande. Ulric travaille comme mécanicien : son expérience militaire semble donc avoir amélioré ses perspectives d’emploi. Après la guerre, il devient garde-pêche pour le gouvernement du Nouveau-Brunswick pendant 18 ans. Il est aussi garde-chasse pendant quelques années et va même travailler sur les chantiers de construction au Labrador. Plus tard, il est inspecteur d’édifices pour Central Mortgage, et entrepreneur en construction, tandis que Marceline est enseignante toute sa vie à l’école Saint-Joseph de Shédiac. Elle donne naissance à huit enfants, dont trois décèdent malheureusement en bas âge. Un de leur fils, Yves Bertin, s’enrôle lors de la Seconde Guerre mondiale en tant que technicien électronique, puis spécialiste de radar.